Ma Tante Ngô thị Nhị
Elle rangeait, rangeait, consciencieusement…
« Mon mari a rejoint la milice de la capitale,
Non il n’est pas mort, Non il n’a pas disparu !
Mon mari, si sportif, si brave,
Lui qui a secouru des mendiants de la famine de l’année du coq,
Non, il n’est pas mort,
Non, il n’a pas été liquidé par ses compagnons!
Elle a marié sa fille, elle a marié son fils.
Au jardin botanique, elle a promené sa petite fille, elle a promené son petit fils…
Elle a prié, prié à Montréal,
Elle est allée prier, prier, à Rome …
« Non, mon mari n’est pas mort,
Oui, il reviendra,
Oui, il aimait les cigarettes,
Oui, il aimait la soupe de poisson à l’aneth, agrémentée d’un zeste de citron.
Il parait qu’on lui a offert un dernier repas avant sa fin
Mais Non, il n’a pas été liquidé par ses compagnons!
Sans doute a -t’il été promu commandant dans l’armée de l’oncle O…)
Mais Non, on ne lui a pas frappé à la tête avec un marteau !
Mais Non, on ne lui a pas attaché les pieds avec des pavés !
Mais Non, il n’a pas été balancé par-dessus le pont !
Mais Non, il ne faut pas écouter les témoins !
Mais Non, il ne faut pas écouter les médiums !
Mais non, sa chair n’a pas pourri dans le Fleuve Rouge !
Mon mari, si brave, si patriote, Il n’est pas mort, Il est quelque part, Il reviendra…»
fille de Ngô Thúc Địch, nièce de Ngô Qúi Nha et Ngô Mạnh Nghinh (*),
Elle pliait, pliait, la lingerie fine,
Elle rangeait, rangeait, la lingerie fine dans les cartons pour une enseigne dans son nouveau pays,
Et priait, priait pour son mari parti en guerre...
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